Pourquoi les taux de réussite bruts trompent
Chaque année, au moment des palmarès, les mêmes établissements occupent les premières places. Chaque année, les mêmes familles en tirent la même conclusion : « ce lycée est meilleur ». C'est presque toujours faux — non pas que ces établissements soient mauvais, mais parce que le chiffre qui les classe ne mesure pas ce que l'on croit.
Ce que mesure vraiment un taux de réussite
Un taux de réussite au brevet ou au baccalauréat, c'est la proportion d'élèves présentés qui obtiennent l'examen. Rien de plus. Ce chiffre dépend donc de deux choses : ce que l'établissement apporte à ses élèves, et le niveau auquel ces élèves sont arrivés chez lui.
La seconde composante écrase largement la première. Les résultats scolaires sont fortement corrélés à l'origine sociale des familles : niveau de diplôme des parents, profession, conditions de logement, accès à la culture écrite, capacité à financer du soutien. Un établissement qui accueille majoritairement des enfants de cadres et d'enseignants affichera des taux élevés quoi qu'il fasse. Un établissement qui accueille majoritairement des enfants d'ouvriers et d'employés affichera des taux plus faibles, y compris s'il fait un travail remarquable.
Classer les établissements sur les taux bruts revient donc, pour l'essentiel, à classer les quartiers par leur sociologie. C'est une information — mais ce n'est pas celle que cherche un parent qui se demande : cet établissement fera-t-il progresser mon enfant ?
Le ministère a construit l'outil pour corriger ce biais
Ce constat n'a rien de militant : il est admis par l'institution elle-même. La Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), service statistique du ministère de l'Éducation nationale, publie chaque année des indicateurs de valeur ajoutée — IVAC pour les collèges, IVAL pour les lycées.
Le principe est simple. Pour chaque établissement, la DEPP calcule un résultat attendu : ce que des élèves au profil comparable obtiennent en moyenne à l'échelle nationale, compte tenu de leur origine sociale, de leur âge et de leur niveau à l'entrée. Puis elle compare ce résultat attendu au résultat réellement obtenu. L'écart entre les deux, c'est la valeur ajoutée : ce que l'établissement apporte en propre.
Un lycée dont 92 % des élèves étaient attendus au baccalauréat et qui en amène 94,3 % affiche une valeur ajoutée de +2,3 points. Un autre lycée peut afficher 97 % de réussite brute — un meilleur taux — tout en étant en dessous de ce que son public laissait attendre. Le premier fait mieux son travail que le second, alors que le palmarès classique dit l'inverse.
L'indice de position sociale, la mesure du public accueilli
Pour objectiver « le profil des élèves », le ministère publie un autre indicateur : l'indice de position sociale (IPS). Il synthétise, pour chaque établissement, les caractéristiques sociales des familles de ses élèves en un nombre — plus il est élevé, plus le public accueilli est favorisé.
L'IPS n'est pas un jugement sur les élèves. C'est un instrument de mesure, et il rend visible ce que les taux bruts dissimulent : deux établissements séparés de trente points d'IPS ne jouent tout simplement pas le même match. Les comparer sur leurs résultats bruts revient à comparer les chronos d'un coureur de plat et d'un coureur de montagne.
Ce que fait Scolarimètre
Scolarimètre ne publie aucun classement fondé sur les taux bruts. Le score affiché sur chaque fiche repose intégralement sur la valeur ajoutée, moyennée sur les trois dernières sessions disponibles pour lisser les variations d'une année à l'autre.
L'incertitude est toujours affichée.Un établissement qui présente quarante élèves produit une mesure moins stable qu'un établissement qui en présente trois cents. Nous affichons cette marge (« ±2,3 points ») plutôt que de la masquer derrière un chiffre faussement précis. Quand l'écart est inférieur à la marge, il ne faut pas le lire comme une différence réelle.
Les comparaisons se font à profil comparable. Chaque fiche présente les « jumeaux statistiques » de l'établissement : ceux dont l'indice de position sociale est proche du sien. C'est la seule comparaison qui ait un sens, et c'est celle que les palmarès ne font jamais.
Les petits effectifs ne sont pas publiés.En dessous d'un seuil de candidats, la mesure n'est pas fiable et le ministère lui-même ne diffuse pas l'indicateur. Nous affichons alors la fiche sans score, en le disant.
Les limites, que nous assumons
La valeur ajoutée n'est pas une note de qualité globale. Elle mesure ce que l'établissement apporte sur les résultats aux examens, ce qui laisse de côté beaucoup de choses qui comptent : le climat scolaire, la qualité de l'accueil, les options proposées, la santé et le bien-être des élèves, ce que devient un jeune après le diplôme.
Elle repose par ailleurs sur un modèle statistique, avec ses hypothèses et ses angles morts, et sur des données qui ont deux ou trois ans au moment où vous les lisez — une équipe pédagogique change, un établissement évolue.
Un bon score ne garantit donc pas que l'établissement conviendra à votre enfant. Il indique une chose précise et vérifiable : avec des élèves au profil semblable, cet établissement obtient de meilleurs résultats que la moyenne nationale. C'est peu, et c'est déjà beaucoup plus honnête qu'un palmarès.
Pour aller plus loin
- C'est quoi l'indice de position sociale (IPS) ?
- La valeur ajoutée : définition et lecture
- Les jumeaux statistiques
- Notre méthodologie complète
- Chercher un établissement
- Le glossaire
Sources : indicateurs IVAC et IVAL, indices de position sociale — DEPP, ministère de l'Éducation nationale, données publiées sous Licence Ouverte. Scolarimètre est un site indépendant, sans lien avec le ministère.