Scolarimètre.

L'IPS, l'indice de position sociale des collèges et lycées

L'indice de position sociale, ou IPS, est un chiffre publié par le ministère de l'Éducation nationale pour chaque collège et chaque lycée de France. Il résume, en une valeur unique, les caractéristiques sociales des familles dont l'établissement accueille les enfants. C'est la donnée la plus importante à avoir en tête avant de regarder le moindre taux de réussite — et, sur Scolarimètre, la clé de lecture de tout le reste.

Tous les repères chiffrés de cette page sont calculés à la génération du site sur les 9 317 établissements de notre base qui portent un IPS publié. Aucun n'est recopié d'une source secondaire ; aucun n'est arrondi à la louche.

Ce que mesure l'IPS, exactement

L'IPS est construit par la DEPP, le service statistique du ministère de l'Éducation nationale. Il part de la profession et de la catégorie socioprofessionnelle des parents, telle qu'elle est déclarée lors de l'inscription, et lui associe l'ensemble des ressources connues pour peser sur la scolarité : diplômes des parents, conditions matérielles du foyer, pratiques culturelles, implication dans le suivi scolaire, accès aux ressources éducatives.

Chaque profession se voit ainsi attribuer une valeur, calibrée sur les résultats scolaires réellement observés pour les enfants concernés. Chaque élève reçoit l'indice correspondant à sa situation familiale, et l'IPS de l'établissement est la moyenne des indices de ses élèves. Ce n'est donc pas une mesure de revenu ni un indicateur de pauvreté : c'est un résumé statistique du capital social et culturel disponible autour des élèves d'un établissement.

Depuis quand ce chiffre est-il public ?

La méthode de calcul est publiée par la DEPP depuis 2016, mais les valeurs établissement par établissement sont longtemps restées internes à l'administration. Elles n'ont été mises en ligne qu'à l'automne 2022, après une décision du tribunal administratif de Paris rendue le 13 juillet 2022, qui a enjoint au ministère de communiquer l'IPS de chaque collège à un journaliste qui les réclamait. Les données des lycées ont suivi.

Depuis, l'IPS est publié en open data sur le portail de données du ministère, sous Licence Ouverte, en deux jeux de données distincts — un pour les collèges, un pour les lycées. Ce sont ces fichiers que notre pipeline télécharge et fusionne avec les indicateurs de valeur ajoutée. C'est aussi ce qui rend ce site possible : sans cette ouverture, aucune comparaison honnête entre établissements ne serait faisable hors du ministère.

L'échelle, lue sur les données réelles

L'IPS n'a pas de borne théorique : c'est une échelle calée pour que la moyenne nationale tourne autour de 100. Dans les faits, sur les 9 317 établissements de notre base, les valeurs observées vont de 56,8 à 162,7 : 105,9 points séparent les deux extrémités du système scolaire français.

La façon la plus utile de lire l'échelle est de la découper en déciles : chaque tranche contient un dixième des établissements. Le premier décile (D1) est la valeur en dessous de laquelle se situent les 10 % les moins favorisés, le neuvième (D9) celle au-dessus de laquelle se trouvent les 10 % les plus favorisés.

Déciles de l'indice de position sociale, collèges et lycées de France, tous statuts confondus
DécilesD1D2D3D4D5D6D7D8D9
Collèges (6 860)84,191,196,199,8103,8107,6112,1118,2128,0
Lycées (2 457)94,2100,8105,2109,1112,9117,6122,6129,2138,6

Lecture : un collège dont l'IPS vaut 103,8 se situe exactement au milieu de la distribution française — c'est la médiane des collèges. Entre D1 et D9, l'écart atteint 43,9 points pour les collèges.

Les lycées se lisent sur une échelle décalée vers le haut : leur médiane est de 112,9 contre 103,8 pour les collèges. Rien de mystérieux — l'orientation en fin de troisième trie déjà les élèves, et une partie des publics les plus fragiles s'arrête ou rejoint la voie professionnelle. Comparer l'IPS d'un lycée à celui d'un collège n'a donc aucun sens.

Public et privé : deux distributions décalées

Le contraste le plus net n'est pas entre régions, mais entre statuts. La médiane d'IPS des collèges publics est de 99,8 ; celle des collèges privés, de 119,4 — 19,6 points d'écart. Chez les lycées, l'écart est du même ordre : 107,1 contre 126,7.

Les distributions ne sont pas seulement décalées, elles se recouvrent peu. Le dixième le plus favorisé des collèges publics commence à 118,3 ; la médiane des collèges privés est à 119,4. À l'autre bout, le dixième le moins favorisé des collèges privés commence à 102,7 ; la médiane des collèges publics est à 99,8. Les deux populations se chevauchent donc sur une portion étroite de l'échelle. C'est la raison technique de notre règle la plus stricte : un établissement public n'est jamais comparé qu'à des établissements publics, un privé qu'à des privés. Sur ce point, voir public et privé, ce que les chiffres disent.

Des écarts territoriaux considérables

L'IPS varie aussi fortement d'un département à l'autre. En ne retenant que les 101 départements comptant au moins 10 collèges publics — en dessous, une médiane serait trop fragile pour être publiée —, voici les extrêmes.

Médiane de l'indice de position sociale des collèges publics, départements aux médianes les plus basses et les plus hautes
Médianes les plus bassesIPSMédianes les plus hautesIPS
Mayotte69,5Hauts-de-Seine118,9
Guyane74,0Yvelines117,8
La Réunion83,0Paris117,3
Seine-Saint-Denis86,1Savoie112,4
Pas-de-Calais90,3Haute-Garonne111,0

Médianes calculées sur les seuls collèges publics de chaque département, pour rester à statut comparable.

Entre Mayotte et Hauts-de-Seine, 49,5 points séparent les deux médianes — à comparer aux 36,8 points qui séparent, à l'échelle nationale, le premier du neuvième décile des collèges publics. Un collège parfaitement moyen dans un département peut se situer dans le dixième le plus favorisé d'un autre. C'est pourquoi chaque fiche situe l'IPS deux fois — par rapport à la France entière et par rapport au département.

À quoi sert l'IPS sur Scolarimètre

Les résultats scolaires sont fortement liés à l'origine sociale, et cela se mesure. Sur nos données, le coefficient de corrélation entre l'IPS d'un collège et son taux de réussite brut au brevet vaut 0,70 sur une échelle de 0 (aucun lien) à 1 (lien parfait). Pour les lycées, il vaut 0,62. Publier un palmarès de taux bruts, c'est donc publier, pour l'essentiel, un classement de publics.

Notre score, lui, ne repose que sur la valeur ajoutée : l'écart entre les résultats obtenus et ceux attendus compte tenu du profil des élèves. La même corrélation avec l'IPS y tombe à 0,02 pour les collèges et 0,05 pour les lycées — autrement dit, notre classement est pratiquement indépendant du milieu social des élèves. C'est exactement ce qu'on attend d'une mesure du travail de l'établissement, et c'est ce que les taux bruts ne font pas. C'est aussi le principe retenu par les dispositifs équivalents à l'étranger — ce que font les autres pays.

Concrètement, cela se voit en tête de classement. Parmi les 654 collèges du dixième le mieux noté de France, les IPS s'étalent de 60,0 à 157,9, et 45 % ont un IPS inférieur à 103,8, la médiane des collèges classés. On peut très bien faire progresser ses élèves avec un public modeste — c'est même l'objet de notre page les collèges qui font le mieux progresser les élèves défavorisés.

L'IPS intervient enfin à trois endroits précis du site. Sur chaque fiche, il est affiché avec deux repères : la moyenne nationale et la moyenne départementale des établissements de même type et de même statut (règle de comparaison à statut égal). Il sert à constituer les jumeaux statistiques — les établissements de même type dont l'IPS se situe à ±5 points, les seuls avec lesquels une comparaison de résultats a du sens. Et il structure les classements départementaux, toujours présentés à public comparable. Le détail du calcul est dans notre méthodologie.

Ce que l'IPS ne dit pas

Ce n'est pas une note de qualité.Un IPS bas ne signale pas un mauvais établissement, et un IPS haut n'en signale pas un bon. Les deux chiffres à mettre côte à côte sont l'IPS et la valeur ajoutée ; pris seul, l'IPS ne dit rien du travail accompli.

Ce n'est pas un revenu.Deux foyers au même revenu peuvent avoir des IPS très différents selon les diplômes et les pratiques culturelles, et inversement. L'indice n'est pas construit à partir de données fiscales.

Ce n'est pas une donnée individuelle.L'IPS d'un établissement est une moyenne. Elle ne dit rien d'un élève en particulier, et deux établissements au même IPS peuvent avoir des publics très différemment dispersés — l'un socialement homogène, l'autre mêlant des situations très contrastées. Le ministère publie d'ailleurs, à côté de l'IPS des collèges, un écart-type qui mesure cette dispersion ; nous ne l'affichons pas encore.

Ce n'est pas figé.L'IPS est recalculé chaque rentrée et peut bouger, notamment dans les petits établissements où quelques cohortes suffisent à déplacer la moyenne. Il n'est pas non plus disponible partout : 19 des 9 336 établissements de notre base n'ont pas d'IPS publié, et nous préférons ne rien afficher plutôt que de l'estimer.

Ce n'est pas un jugement sur les familles.C'est une mesure statistique agrégée, dont l'unique raison d'être est de rendre les comparaisons entre établissements honnêtes.

Questions fréquentes

Comment connaître l'IPS de mon collège ou de mon lycée ?

Chaque fiche établissement de Scolarimètre affiche son IPS, situé par rapport à la moyenne des établissements de même type et de même statut. Les fichiers d'origine sont également téléchargeables sur le portail open data du ministère de l'Éducation nationale, un jeu de données pour les collèges et un pour les lycées. Sur les 9 336 établissements couverts par le site, 9 317 ont un IPS publié ; pour les 19 autres, la donnée est absente des fichiers ministériels et nous n'affichons rien plutôt qu'une estimation.

Un IPS élevé veut-il dire un bon établissement ?

Non. L'IPS décrit le public accueilli, pas le travail de l'établissement. Sur nos données, la corrélation entre l'IPS d'un collège et son taux de réussite brut au brevet atteint 0,70 sur une échelle de 0 à 1 : un taux brut élevé s'explique en grande partie par le profil social des familles. La même corrélation avec notre score de valeur ajoutée tombe à 0,02. Autrement dit, un IPS élevé annonce de bons résultats bruts, mais ne dit rien de ce que l'établissement apporte réellement à ses élèves.

Qu'est-ce qu'un IPS normal, faible ou élevé ?

La moyenne nationale est calée autour de 100. Sur nos données, la médiane des collèges est de 103,8 : la moitié d'entre eux sont en dessous. Un collège est dans le dixième le moins favorisé de France en dessous de 84,1, et dans le dixième le plus favorisé au-dessus de 128,0. Pour les lycées, dont le public est en moyenne plus favorisé, la médiane est de 112,9.

Pourquoi l'IPS des établissements privés est-il plus élevé ?

Parce que le privé scolarise en moyenne des familles plus favorisées. Sur nos données, la médiane est de 99,8 pour les collèges publics contre 119,4 pour les collèges privés, soit 19,6 points d'écart. C'est pourquoi Scolarimètre ne compare jamais l'IPS d'un établissement privé à une moyenne mêlant les deux statuts : toutes nos comparaisons d'IPS se font à statut égal.

À lire ensuite : la valeur ajoutée · pourquoi les taux bruts trompent · les jumeaux statistiques · lire un classement sans se tromper · le glossaire

Sources : indices de position sociale des collèges et des lycées, indicateurs de valeur ajoutée IVAC et IVAL — DEPP, ministère de l'Éducation nationale, données publiées sous Licence Ouverte (Etalab 2.0). Tous les chiffres de cette page sont calculés par Scolarimètre sur ces données, à la génération du site. Scolarimètre est un site indépendant, sans lien avec le ministère.