Valeur ajoutée des établissements : ce que font les autres pays
La France publie chaque année, pour presque tous ses collèges et lycées, des indicateurs officiels de valeur ajoutée : les IVAC et les IVAL, calculés par la DEPP, en open data. Peu de pays font mieux en matière de transparence. Et pourtant, chaque année aussi, les classements qui circulent dans la presse française reposent pour l'essentiel sur les taux bruts de réussite — c'est-à-dire, en grande partie, sur la sociologie des élèves accueillis. Des données publiques de qualité existent ; elles restent largement inutilisées dans le débat public. Ce paradoxe français mérite un détour par l'étranger.
Comparer les systèmes de mesure d'un pays à l'autre sert à voir ce qui est possible. Chaque pays a fait des choix différents — suivre la progression des élèves, le devenir des diplômés, ou situer chaque école parmi celles qui accueillent un public comparable — et chacun de ces choix a un coût et une limite. Les cinq dispositifs ci-dessous ont été vérifiés auprès de leurs publications officielles ; ils ne prétendent pas former un panorama exhaustif.
En Angleterre : la progression comme mesure officielle
L'Angleterre a fait de la progression sa mesure phare : « Progress 8 », calculé par le Department for Education, compare les résultats de fin de scolarité obligatoire de chaque élève à ceux des élèves du pays partis du même niveau en fin de primaire. Ce n'est pas une initiative privée : c'est l'indicateur de tête des tableaux de performance officiels des écoles, publié avec un intervalle de confiance à 95 % et une mention explicite lorsque l'écart à la moyenne n'est pas statistiquement significatif — le même principe que l'incertitude affichée sur chaque fiche Scolarimètre.
Précision d'honnêteté : Progress 8 est temporairement suspendu pour les sessions 2024-2025 et 2025-2026, faute de point de départ mesurable pour ces cohortes (leurs tests de fin de primaire avaient été annulés en 2020 et 2021 pendant la pandémie) ; son retour est prévu pour la session 2026-2027, et les derniers scores calculés restent affichés dans les tableaux officiels.
En Italie : le devenir des diplômés
Eduscopio, développé par la Fondation Giovanni Agnelli et publié chaque année depuis 2014, compare les lycées italiens sur le devenir réel de leurs diplômés — leurs résultats à l'université ou leur insertion dans l'emploi — plutôt que sur les notes obtenues au lycée même. L'édition 2025, parue en décembre 2025, repose sur les parcours de 1 355 000 diplômés de 8 150 lycées, sur trois années scolaires (2019-2020 à 2021-2022).
Pour les diplômés qui poursuivent à l'université, l'indice Eduscopio combine à parts égales la moyenne des notes et les crédits obtenus en première année, sur une échelle de 0 à 100, corrigés de la difficulté de la filière choisie ; pour les lycées techniques et professionnels tournés vers l'emploi, il mesure l'insertion professionnelle et la cohérence entre études et emploi. L'usager choisit sa filière, sa commune et le rayon qu'il accepte de parcourir : la comparaison se fait toujours entre lycées d'une même filière, autour de chez soi.
En Australie : comparer ce qui est comparable
Le site public My School, tenu par l'agence fédérale ACARA, publie les résultats de chaque école australienne accompagnés d'un indice socio-éducatif, l'ICSEA, affiché sur chaque fiche d'école. ACARA est une autorité statutaire indépendante, placée sous la responsabilité de la conférence des ministres de l'Éducation. Sa mesure de progression compare la différence qu'une école a faite entre un test national NAPLAN et le suivant, deux ans plus tard : les élèves d'une école sont comparés à ceux du pays partis du même score et issus d'un milieu comparable — et chaque résultat est publié avec son intervalle de confiance, à 90 %. On retrouve, sous d'autres noms, les ingrédients de Scolarimètre : un indice de position sociale, une comparaison à profil équivalent — nos jumeaux statistiques —, une incertitude assumée.
En Pologne : la valeur ajoutée éducative
La Pologne publie des indicateurs de valeur ajoutée éducative (EWD) pour ses lycées, généraux et techniques, croisant les résultats de l'examen de fin de collège et ceux du baccalauréat polonais pour isoler la contribution propre de l'établissement aux progrès de ses élèves. Le principe, publié sur le site ewd.edu.pl : l'examen passé à l'entrée (l'examen de fin de collège, « gimnazjalny ») sert de mesure de départ, l'examen de fin de lycée (la matura) de mesure d'arrivée ; un lycée dont les élèves font mieux que ce que leur examen d'entrée laissait prévoir affiche une valeur positive, signe d'une efficacité supérieure à la moyenne nationale.
Au Chili : une catégorie de performance
L'Agence de la qualité de l'éducation (Agencia de Calidad de la Educación) publie chaque année la « catégorie de performance » des établissements, en quatre niveaux : élevé, moyen, moyen-faible, insuffisant. Le dispositif est en régime depuis 2016 pour l'enseignement primaire et depuis 2017 pour le secondaire. L'évaluation est globale : elle s'appuie sur les résultats du Simce, test national standardisé que passent tous les élèves des niveaux évalués, et sur d'autres indicateurs de qualité liés au développement personnel et social des élèves ; le résultat est ajusté selon les caractéristiques socio-économiques des élèves de chaque établissement, afin de ne pas exiger le même niveau de publics très différents.
Ce que chaque système fait mieux, ou moins bien
Chaque dispositif a ses forces. L'Angleterre est la plus exigeante sur la rigueur statistique : Progress 8 est publié avec son intervalle de confiance et signale les écarts non significatifs. Sa fragilité tient à sa base : la mesure repose sur un test de départ, et l'annulation des tests de 2020 et 2021 l'a rendue impossible à calculer pour deux promotions de suite.
L'Italie ne mesure pas la progression mais ce qui vient après le lycée — université ou emploi —, c'est-à-dire ce que les familles cherchent finalement à savoir. Le prix à payer est le délai : l'édition 2025 décrit des diplômés des années 2020 à 2022. Et la comparaison se fait, par construction, filière par filière et autour de chez soi.
L'Australie est la plus proche de l'esprit de Scolarimètre : un indice de profil social, une comparaison à milieu comparable, une progression mesurée entre deux tests, un intervalle de confiance. Elle s'appuie toutefois sur des tests nationaux passés à deux dates, non sur des examens de fin de cycle. La Pologne applique la valeur ajoutée à l'état pur, mais à ses seuls lycées et technikums.
Le Chili, enfin, résume un établissement en une catégorie parmi quatre, lisible d'un coup d'œil ; Scolarimètre a fait le choix inverse — un score de 0 à 100 accompagné de sa marge d'incertitude — au prix d'une lecture plus exigeante. Un point commun ressort : quatre dispositifs sur cinq (Angleterre, Australie, Pologne, Chili) tiennent compte du niveau de départ ou du profil des élèves avant de juger un établissement.
Le paradoxe français
La France dispose donc d'un appareil statistique que beaucoup de pays lui envient : des indicateurs de valeur ajoutée officiels, établis par la statistique publique, couvrant la quasi-totalité des collèges et lycées, en licence ouverte. Mais l'usage public dominant reste le palmarès sur taux bruts. Résultat : les établissements qui font vraiment progresser leurs élèves — souvent avec des publics populaires — restent invisibles, et les établissements qui sélectionnent des élèves favorisés paraissent excellents sans qu'on sache ce qu'ils apportent réellement.
C'est exactement le vide que Scolarimètre vient combler : un score fondé à 100 % sur les valeurs ajoutées publiées par la DEPP, jamais sur les taux bruts. Ce n'est pas une posture : c'est vérifiable dans nos données.
Le score est conçu pour être indépendant du profil social des élèves — et il l'est : sur nos données, la corrélation entre l'indice de position sociale et les taux bruts de réussite atteint 0,70 pour les collèges, quand celle entre l'IPS et le score Scolarimètre tombe à 0,02. C'est un résultat de construction, pas une découverte : la valeur ajoutée neutralise par définition le profil social.
Et la France ?
Dans ce paysage, la France a l'atout le plus rare : la matière première. Les IVAC et IVAL de la DEPP couvrent presque tous les collèges et lycées, sont calculés par la statistique publique et diffusés en open data. Ce qui manquait, à notre connaissance, c'était un outil grand public qui les exploite pour eux-mêmes : un score fondé exclusivement sur la valeur ajoutée, jamais sur les taux bruts, avec la marge d'incertitude toujours affichée à côté.
C'est la place de Scolarimètre : le score moyenne les trois dernières sessions et lisse les petits effectifs, les comparaisons d'indice de position sociale se font à statut égal, chaque établissement est situé parmi ses jumeaux statistiques, et les seuils réglementaires de non-diffusion sont respectés à la lettre. Les corrélations données plus haut (0,70 pour le taux brut, 0,02 pour notre score) sont un résultat de construction, pas une découverte : elles vérifient que le score fait ce qu'il doit faire, neutraliser le profil social.
Avec ses limites, dites sans détour : le score des lycées ne couvre aujourd'hui que les voies générale et technologique, et aucun indicateur ne saisit le climat scolaire ni le bien-être des élèves. Comparer des systèmes, c'est aussi mesurer ce qu'il reste à faire.
Aucun système n'est parfait
Chacun de ces dispositifs a ses critiques, et c'est sain : mesurer ce qu'une école apporte est statistiquement difficile, et aucun indicateur ne capture le climat scolaire, le bien-être des élèves ou la richesse des projets. Le score Scolarimètre ne prétend pas le contraire — notre page méthodologie détaille ses limites. Mais entre un indicateur imparfait qui mesure la contribution de l'établissement et un taux brut qui mesure surtout son recrutement, le choix de l'imparfait honnête nous paraît le bon.
Questions fréquentes
La France publie-t-elle des indicateurs de valeur ajoutée ?
Oui. La DEPP, le service statistique du ministère de l'Éducation nationale, calcule et publie chaque année deux séries d'indicateurs de valeur ajoutée : les IVAC pour les collèges et les IVAL pour les lycées. Ils comparent les résultats obtenus par un établissement à ceux qu'on attendrait compte tenu du profil de ses élèves. Ces indicateurs sont diffusés en open data sous Licence Ouverte Etalab 2.0, ce qui autorise leur réutilisation par des tiers — c'est la matière première du score Scolarimètre.
Pourquoi les classements français utilisent-ils les taux bruts ?
Pour deux raisons principales, aucune n'étant statistique : la simplicité et l'habitude. Un taux de réussite est un chiffre unique, immédiatement compréhensible, disponible depuis des décennies, et les palmarès de presse se comparent d'une année sur l'autre depuis si longtemps que changer d'indicateur reviendrait à rompre la série. Le problème est que ce chiffre mesure surtout le public accueilli : sur nos données, la corrélation entre l'indice de position sociale d'un collège et son taux brut de réussite au brevet atteint 0,70 sur une échelle de 0 à 1. Classer sur les taux bruts, c'est donc classer d'abord des profils sociaux, pas le travail des établissements.
Quels pays publient des mesures comparables ?
Plusieurs. L'Angleterre publie Progress 8, calculé par le Department for Education, qui compare les résultats de fin de scolarité obligatoire de chaque élève à ceux des élèves partis du même niveau en fin de primaire. En Italie, Eduscopio, développé par la Fondation Giovanni Agnelli, compare les lycées sur le devenir réel de leurs diplômés à l'université ou dans l'emploi. En Australie, le site public My School, tenu par l'agence fédérale ACARA, publie les résultats de chaque école avec un indice socio-éducatif, l'ICSEA, et une mesure de progression à milieu comparable. La Pologne publie des indicateurs de valeur ajoutée éducative, les EWD, pour ses lycées généraux et techniques. Le Chili classe ses établissements en quatre catégories de performance, avec un ajustement selon le profil socio-économique des élèves.
À lire ensuite : les indicateurs officiels IVAC et IVAL · la valeur ajoutée · pourquoi les taux bruts trompent · pourquoi nous affichons une incertitude · le glossaire
Sources : indicateurs de valeur ajoutée IVAC et IVAL, indices de position sociale — DEPP, ministère de l'Éducation nationale, données publiées sous Licence Ouverte (Etalab 2.0). Les corrélations citées sont calculées par Scolarimètre sur ces données, à la génération du site. Les éléments relatifs aux dispositifs étrangers (Angleterre, Italie, Australie, Pologne) ont été vérifiés le 30 août 2026, puis revérifiés le 18 septembre 2026, auprès de leurs publications officielles respectives (gov.uk, eduscopio.it et fondazioneagnelli.it, myschool.edu.au, ewd.edu.pl) ; ceux relatifs au Chili l'ont été le 18 septembre 2026 auprès de l'Agence de la qualité de l'éducation (agenciaeducacion.cl) et du ministère (ayudamineduc.cl). Scolarimètre est un site indépendant, sans lien avec le ministère.